Chroniques

Pour les Etats Généraux de la République

Dominique de Villepin

18 octobre 2026

Place de la République à Paris : manifestants au pied de la statue de la République, fumées de gaz lacrymogène et fourgons de CRS
Place de la République, Paris - Crédit : Ivan Valerio

La France est en train de sombrer, sous nos yeux, dans une violence qui ne cherche plus d’autre fin qu’elle-même. La crise a cédé la place au chaos et, désormais, c’est tout le cours de notre vie politique qui semble être sorti de son axe. Les Français ont le sentiment, compréhensible, de ne plus être gouvernés. Le sentiment plus grave encore d’assister en même temps à l’effondrement de l’Etat et à la dissolution de la société.

Lorsqu’on voit ces images insupportables d’affrontements dans nos rues, à Toulouse, Lyon, Marseille et Paris, comme dans tant d’autres villes ; lorsqu’on voit brûler ou saccager des lieux publics qui incarnent notre République ; lorsqu’on mesure le désir de vengeance sans fin que nourrit le spectacle du chaos, une seule pensée s’impose : la France est en train de céder à la fascination de la violence. Elle s’abandonne à elle. Elle fantasme la guerre civile au point de risquer de la faire advenir. Il n’y a, dans cette affaire, aucun camp qui puisse se targuer d’être sans tache. La violence engendre la violence. C’est une spirale dont les nations ne sortent qu’au prix de profondes blessures.

C’est pour cela que chacun de nous doit résister à la tentation. À la peur. À la colère. Chacun de nous doit chercher avec sang-froid les réponses collectives et constructives à cette situation qui n’est ni nouvelle - souvenons-nous du 1er décembre 2018 - ni terminée, car nous sentons bien que ces violences s’inscrivent dans un duel fratricide entre les extrêmes qui écrase la France pacifique et qui menace de dominer notre vie politique pendant plusieurs années. C’est un crime contre la paix sociale, civile et territoriale. Alors, résistons à l’esprit de la violence. C’est le message que le président de la République doit adresser aux Français dès ce soir. Ce souci de préserver la paix tant qu’il est temps, c’est l’expérience et le combat de toute ma vie, sur les questions internationales autant que nationales.

J’entends les nombreux appels des dirigeants politiques à la fermeté. Elle est nécessaire. Mais lorsqu’elle ne désigne qu’une réponse plus brutale à la brutalité, elle devient un mot d’ordre facile et irréfléchi. Que signifie-t-elle alors, sinon une surenchère de violence et une escalade dont nous ne sortirons pas de sitôt ?

J’entends aussi les appels moins nombreux de ceux qui disent : « C’est la faute des autorités ; elles ont provoqué, mal anticipé, brutalisé. » Cette réponse est tout aussi irréfléchie, et même cynique. L’heure n’est pas à affaiblir davantage un État déjà si impuissant.

Refusons le piège. Mettons de côté nos différences et rassemblons-nous autour de l’essentiel : sauver notre démocratie, restaurer notre État, défendre l’État de droit et protéger notre maison commune, menacée par le dérèglement climatique.

La réponse, comme souvent dans l’exercice du gouvernement, tient en un mot : le sang-froid. Lui seul nous permettra de sortir de cette spirale de violence. Deux exigences simultanées s’imposent à nous aujourd’hui : halte au feu ; force doit rester à la loi. Halte au feu, car il s’agit d’abord d’éteindre l’incendie, d’empêcher de nouveaux drames de se produire. Force doit rester à la loi, car la justice devra faire la lumière sur les faits, établir les responsabilités et sanctionner sévèrement les actes graves commis.

Le président de la République et les dirigeants issus de l’ancienne majorité ont évidemment une responsabilité majeure dans la dégradation de notre État. Mais aujourd’hui n’est pas l’heure du procès.

Aujourd’hui, l’heure est de faire front ensemble pour empêcher que demain ne soit plus violent encore. Aujourd’hui nous devons nous rassembler et réunir des Etats Généraux de la République, rassemblant les forces politiques, sociales, associatives et culturelles pour un sursaut républicain.

Dominique de Villepin

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